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Perturbateurs endocriniens : « Les industriels vont devoir réévaluer leurs portefeuilles produits »

stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens (SNPE)

Ils pourraient, selon d’aucuns, être présents dans certains pesticides et d’autres produits tels que les cosmétiques, les peintures, les médicaments, les plastiques etc. « Ils », ce sont les perturbateurs endocriniens (PE). Et force est de constater qu’ils sont entourés de nombreuses idées reçues. Patrick Lévy, Directeur de l’Agence Santé et Risques Produits chez SOCOTEC fait le point.

Comment définiriez-vous les perturbateurs endocriniens ?

Ce sont des substances chimiques d’origine naturelle ou artificielle étrangères à l’organisme humain. Et comme leur nom l’indique, elles perturbent le système hormonal – ce qui entraîne des effets néfastes sur la santé et l’environnement. Elles sont suspectées de participer à l’augmentation de certains cancers hormono-dépendants (prostate, thyroïde, sein…) et on les soupçonne également de contribuer – avec d’autres facteurs de risques – à l’augmentation des troubles de la fertilité, de l’obésité, du diabète, de l’autisme, ou encore de l’hyperactivité… Néanmoins, l’estimation des effets des PE sur la santé humaine est très difficile à établir, les preuves de leur nocivité étant extrêmement limitées.

Presse, radio, télé… On entend partout que les perturbateurs endocriniens sont partout justement. Qu’en est-il exactement ?

Tout d’abord, il faut savoir qu’un grand nombre de substances particulièrement dangereuses ont été éliminées du marché (cancérogènes, mutagènes, toxiques pour la reproduction, produits organiques persistants…). Parmi elles, certaines l’ont d’ailleurs été sans que leur propriété PE ait été clairement identifiée à l’époque. Dans la mesure où les évaluations des substances suspectées d’être PE sont toujours en cours, il est difficile d’en indiquer le nombre. De plus, aucune définition européenne n’a encore été arrêtée. En attendant, le Centre Commun de Recherche (JRC[1]) de la Commission européenne a constitué une liste préliminaire de substances suspectées d’être PE qui devront être évaluées prioritairement.

Que comporte cette liste de substances suspectées ?

Elle recense 630 substances sur les 100 000 disponibles aujourd’hui sur le marché, substances qui sont soupçonnées d’être des PE et que les industriels ont tout intérêt à proscrire de leurs produits en attendant une interdiction définitive. Afin de les encourager dans ce sens et anticiper le traitement du problème, en France le ministère de la Transition écologique et solidaire a publié en juillet 2017 deux listes de produits susceptibles de contenir des PE, s’appuyant sur la liste de substances de la Commission. La première comporte 600 produits contenant au moins une substance phyto-pharmaceutique active : produits de traitement des végétaux et des produits de culture. La seconde détaille 1 000 produits contenant au moins une substance biocide active : produits destinés à détruire, repousser ou rendre inoffensifs les organismes nuisibles, à en prévenir l’action ou à les combattre : insecticides, produits de protection du bois ou pour l’hygiène vétérinaire.

D’autres mesures ont-elles été prises au niveau national ?

Oui. En 2014, la France a mis en place sa stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens (SNPE) qui comporte de nombreuses actions (recherche, évaluation des substances, information, formation…), que complètent les deux listes du ministère de la Transition écologique et solidaire publiées en juillet. Enfin, il faut savoir que depuis 2005, le Plan National de Recherche sur les PE (PNRPE) permet le financement de travaux de recherche.

Quelles sont les prochaines étapes ?

Au niveau européen, la prochaine étape consiste désormais à adopter les nouveaux critères d’identification des PE, car ils seront déterminants pour le devenir des substances. Il s’agit d’un préalable essentiel à l’application du règlement Phyto-pharmaceutique de 2009, car ces critères doivent permettre de déterminer quels sont les produits qui contiennent des PE. Il est important que l’adoption de ces critères ne soit pas retardée afin que des dispositions concrètes se mettent rapidement en place. La tâche sera néanmoins compliquée : le 28 septembre, les eurodéputés siégeant en commission de l’environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire, ont refusé la définition des critères d’identification des perturbateurs endocriniens élaborée par la Commission européenne. Les députés européens en session plénière ayant également voté une objection le 4 octobre, la Commission Européenne est contrainte de revoir sa proposition.

En attendant une réglementation claire, les industriels n’ont-ils pas déjà intérêt à anticiper ? 

En effet, même si aucune définition réglementaire n’est encore actée, les industriels ont tout intérêt à anticiper. Pour protéger leurs salariés et améliorer la sécurité de leurs produits, ils peuvent déjà commencer à évaluer leurs portefeuilles produits sur la base des connaissances et des définitions disponibles. Nos expertises au sein du groupe SOCOTEC nous permettent d’ores et déjà de les accompagner avec une vision long terme, en regard de leur stratégie et en analysant le cadre réglementaire applicable tout en prenant évidemment en compte les évolutions des normes européennes et les attentes de leurs clients. L’objectif final est de sécuriser la mise sur le marché des produits de manière à mieux maîtriser les risques pour la santé et l’environnement et les impacts en termes d’image.

[1] Joint Research Center

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